« Plan d'ouverture : image de nuit figée, un homme boit son bol à travers cadres et fenêtres. Lumière jaune et bleue.Dans la bibliothèque du refuge, je trouve la revue Nunatak qui s'ouvre sur un aveu d'ambivalence : comment dire ce que les montagnes nourrissent en nous sans tomber dans le folklore romantique, sans en faire un refuge psychologique, une part du monde qui résisterait mieux qu'ailleurs ? La revue parle d'une ligne de crête tenue en équilibre.Au départ, je souhaitais évoquer le tourisme en montagne, je n'ai qu'un rapport vague à la randonnée. L'endroit où je suis est particulièrement photogénique, les clients le disent en arrivant. En face le sommet du Sirac (3441m) est prisé par les alpinistes. J’ai évité de le filmer car ça aurait été refaire la carte postale qui tourne déjà sur les réseaux sociaux. Je me suis tournée de l'autre côté, vers le refuge et son organisation.J’y ai filmé et enregistré le son de ce qui me semblait prendre une place importante : la cuisine et ce qui y tourne autour. La vaisselle, la préparation des repas, le point de vue de la cuisine vers l’extérieur et pour finir, le ravitaillement par hélicoptère. Je m'attarde sur la façon dont les choses sont disposées, les displays, les couleurs, les matières, les vallons et les roches, et sur la manière dont les corps circulent dans cet espace.La nuit, entre 22h et 5h le matin, le calme règne, on y entend le vrombissement d’un tuyau de canalisation. À partir de 5h30, Guillaume lance les boissons chaudes et c'est la flamme du gaz qui prend le dessus et qui commence la journée.Le film part de l'idée d'une route qu'on s'apprête à prendre avec les alpinistes, et qui se déroule finalement ailleurs : dans l'arrière-cuisine, dans les coulisses.»
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