« Je me suis concentrée sur le dessin et l'écriture au sein du refuge, afin de laisser plus de temps et d'espaces aux rencontres, aux échanges et aux randonnées partagées en étoile. J'ai réalisé trois dessins des massifs qui entourent et protègent le refuge en accordant une attention particulière aux névés et aux roches fissurées qui semblent formées dans un juste mélange d'argile rouge et d'ardoise grise, comme une source d'inspiration à l'écriture d'une courte fiction qui relie le refuge du Pré de la Chaumette à la commune du Morne-Vert. Les passages entre ces deux zones se trouveraient sous les névés survivants qui s'amenuisent. névé (n.m) 1. Partie amont d'un glacier où la neige (évoluant par tassement et fusion partielle) se transforme en glace. 2. Plaque isolée, mais relativement importante, de neige persistant en été.Assis sur les pierres froides, épuisé d'une journée de pluie depuis Vallouise, à l'affût des vents pour déterminer les voies de chasses, préparant la croûte du chef, sifflant en repliant les couvertures des dortoirs. Je me suis inspirée des rapports aux silences qu'ont le berger et la bergère des plateaux alentours, les client.e.s du refuge, les habitant.e.s de la vallée de Champoléon ainsi que les gardien.ne.s et leurs aides, en leurs distribuant un questionnaire anonyme sur le silence que j'ai distribué au Morne-Vert il y a quelques mois. Aussi, je me suis interrogé avec quatre jeunes femmes présentes au refuge pour diverses raisons, sur l'importance pour elles de la marche comme thérapie et sur l'ambiguïté que renvoie l'image d'une femme qui marche seule dans le paysage montagneux, tant forte que folle. Que reste t-il au refuge lorsqu’on lui enlève la randonnée, le dépassement de soi-même, la hâte des étapes à venir et celles à tenir ? Que reste t-il au refuge lorsqu’il n’y a que lae gardien.ne et les aides ? Que reste t-il au refuge lorsqu’on y retourne après avoir enduré la pluie depuis sept heures du matin, les doigts piquants et les jambes nues rougies par le gèle rencontré à 2800 d’altitude ? Que reste t-il au refuge lorsque l’on décide de rester une nuit de plus ou de ne plus en partir ? Que reste t-il du refuge lorsqu’il se situe à moins de dix minutes de la route ? Que reste t-il du refuge lorsque le brouillard plonge la montagne dans l’oubli ? Que reste t-il du refuge lorsqu’il est davantage vu comme l’objectif que le passage ? Que reste t-il du refuge lorsque l’engagement des travaux de rénovation de la piste et la mise en place de l’électricité coûte plus cher que son chiffre d’affaire annuel ? »
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